Vif, tenace, parfois têtu comme une mule — le terrier est tout cela à la fois. Ce groupe de chiens regroupe plus d’une trentaine de races officiellement reconnues par la FCI, allant du minuscule Yorkshire Terrier au robuste Airedale. Point commun entre tous : une origine ancrée dans la chasse au terrier, c’est-à-dire dans des galeries souterraines où ils traquaient renards, blaireaux et rongeurs. Ce passé explique beaucoup de leurs traits de caractère aujourd’hui.
Pourtant, réduire les terriers à de simples chasseurs serait passer à côté de l’essentiel. Nombre d’entre eux sont devenus des chiens de compagnie très appréciés, capables d’affection profonde, d’humour (si, si) et d’une énergie qui ferait rougir un border collie. Avant de choisir l’un d’eux, autant savoir à quoi s’attendre.
Ce qui définit le groupe des terriers
Une origine commune : la chasse souterraine
Le mot « terrier » vient du latin terra, la terre. Ces chiens ont été sélectionnés pendant des siècles — surtout en Grande-Bretagne et en Irlande — pour entrer dans des terriers et en déloger le gibier. Ce travail demandait du courage, de l’indépendance et une mâchoire solide. Les éleveurs voulaient des chiens capables de décider seuls, sans attendre d’ordre, dans l’obscurité d’un tunnel.
Cette sélection a façonné un type de chien particulier : intrépide, déterminé, doté d’un fort instinct de prédation. Ces qualités persistent même chez les races désormais élevées uniquement pour la compagnie. Un Jack Russell qui creuse votre jardin ou un Cairn Terrier qui « chasse » votre chat ne font que répondre à des millions d’années de sélection génétique.
Classification FCI et taille des races
La FCI (Fédération Cynologique Internationale) classe les terriers dans le groupe 3. Ce groupe est lui-même divisé en quatre sections :
- Les terriers de grande et moyenne taille (Airedale, Irish Terrier, Welsh Terrier…)
- Les terriers de petite taille (Fox Terrier, Cairn Terrier, West Highland White Terrier…)
- Les Bull et terriers (Bull Terrier, Staffordshire Bull Terrier…)
- Les terriers de compagnie (Yorkshire Terrier, Australian Silky Terrier…)
Cette classification reflète des différences réelles de morphologie, de tempérament et d’usage. Un Airedale peut peser 30 kg ; un Yorkshire dépasse rarement les 3 kg. Même groupe, mondes différents. Pour explorer d’autres races et leurs particularités, consultez la section Races et caractéristiques des animaux.
Les races de terriers les plus connues
Jack Russell Terrier et Parson Russell Terrier
Popularisé par la série télévisée Frasier dans les années 90, le Jack Russell est sans doute le terrier le plus répandu en France. Petit gabarit — entre 4 et 6 kg — mais énergie disproportionnée. Il chasse encore par instinct, adore courir, fouiller, aboyer. Parfait pour une famille active ; épuisant pour quelqu’un qui cherche un chien calme.
Son pelage peut être lisse, mi-long ou dur selon les individus. Couleur dominante blanche avec des taches fauves ou noires. Espérance de vie autour de 13 à 16 ans, ce qui en fait l’un des chiens les plus robustes de sa catégorie.
Fox Terrier
Il en existe deux variétés : le Fox Terrier à poil lisse et le Fox Terrier à poil dur. Ce dernier, avec sa barbe caractéristique et son poil broussailleux, est souvent confondu avec un Schnauzer miniature. Tous deux sont vifs, joueurs, et ont tendance à vouloir dominer les autres chiens — même beaucoup plus grands qu’eux.
Créé en Angleterre pour chasser le renard, le Fox Terrier a ensuite connu une grande popularité dans les expositions canines au début du XXe siècle. Milou, le chien de Tintin, est d’ailleurs un Fox Terrier à poil lisse.
Airedale Terrier
L’Airedale est le plus grand de tous les terriers. Originaire du Yorkshire, il a été utilisé pour chasser la loutre dans la rivière Aire — d’où son nom. Son pelage dense et dur, tanné avec des zones noires, le protège aussi bien de l’eau que des ronces. Pendant la Première Guerre mondiale, l’armée britannique l’a utilisé comme chien de liaison et de recherche de blessés.
Son caractère est plus équilibré que celui de la plupart des petits terriers : affectueux, protecteur, plus facile à éduquer. Bon choix pour une famille avec enfants, à condition de lui offrir beaucoup d’exercice.
West Highland White Terrier (Westie)
Blanc, compact, avec un regard noir perçant — le Westie est facilement reconnaissable. Race écossaise, il était utilisé pour chasser les rongeurs et les renards dans les Highlands. Aujourd’hui, c’est surtout un chien de compagnie très apprécié, notamment pour son caractère joyeux et sa taille pratique (environ 7 à 10 kg).
Attention cependant : le Westie est sujet à des problèmes dermatologiques fréquents. Certaines lignées développent de l’atopie (allergie cutanée) dès l’âge de 2-3 ans. Un point à vérifier avant l’achat.
Irish Terrier
L’Irish Terrier est l’un des plus anciens terriers irlandais. Son pelage rouge feu, court et dense, lui donne une allure distinguée. Courageux jusqu’à l’imprudence, il n’hésite pas à affronter des adversaires bien plus imposants. Loyal avec sa famille, il peut être méfiant avec les inconnus.
En Irlande, il a longtemps servi de chien de ferme polyvalent : garde, chasse, compagnie. Cette polyvalence reste l’une de ses grandes qualités. Taille moyenne : entre 11 et 12 kg, hauteur au garrot autour de 46 cm.
Le Bull Terrier : un cas à part
Morphologie unique et histoire complexe
Le Bull Terrier appartient bien au groupe 3, section « Bull et terriers », mais il se distingue tellement des autres qu’il mérite un traitement à part. Sa tête en forme d’œuf et ses yeux triangulaires le rendent immédiatement reconnaissable. Cette morphologie n’est pas ancienne : elle a été fixée au XIXe siècle, en croisant des Old English Bulldogs avec des White English Terriers (aujourd’hui éteints).
À l’origine, ces chiens participaient aux combats de chiens — une pratique heureusement interdite. Depuis lors, la sélection s’est orientée vers l’équilibre et la sociabilité. Un Bull Terrier bien élevé est joueur, affectueux, parfois clown. Mais il reste puissant et demande un maître expérimenté. Pour aller plus loin sur cette race, la page Bull terrier : caractéristiques, entretien et photographie du chien bullterrier détaille tout ce qu’il faut savoir avant d’en adopter un.
Staffordshire Bull Terrier et American Staffordshire
Souvent confondus entre eux — et avec le Pit Bull, qui n’est pas une race officiellement reconnue — le Staffordshire Bull Terrier (le « Staffie ») et l’American Staffordshire Terrier (l’« Amstaff ») ont des profils différents :
- Le Staffie est plus compact (14-17 kg), très joueur avec les enfants, surnommé « nanny dog » en Angleterre.
- L’Amstaff est plus grand (25-30 kg), plus musclé, avec un caractère plus affirmé et un besoin d’éducation ferme dès le plus jeune âge.
Ces deux races sont classées en catégorie 2 en France (chiens susceptibles d’être dangereux), ce qui impose une déclaration en mairie, une assurance responsabilité civile et l’interdiction de les laisser sans laisse dans les espaces publics.
Bien choisir son terrier selon son mode de vie
Énergie, espace et exercice
Aucun terrier ne convient à une vie sédentaire. Même le Yorkshire, souvent perçu comme un chien de salon, a besoin de sorties régulières et de stimulation mentale. Pour les races de taille moyenne à grande (Airedale, Irish Terrier, Lakeland Terrier), comptez au minimum 1h30 à 2h de sortie par jour.
Un terrier sous-stimulé s’ennuie. Et un terrier qui s’ennuie détruit, creuse, aboie. Ce n’est pas un problème de caractère — c’est un problème d’inadéquation entre le chien et son environnement.
Entretien du pelage
Le type de poil varie énormément selon les races :
- Poil dur (Fox Terrier fil de fer, Welsh Terrier, Airedale) : nécessite un stripping régulier (arrachage du poil mort à la main ou avec un couteau à étriller), environ deux fois par an.
- Poil lisse (Bull Terrier, Manchester Terrier) : entretien minimal, un brossage hebdomadaire suffit.
- Poil long ou semi-long (Yorkshire Terrier, Silky Terrier) : brossage quotidien indispensable pour éviter les nœuds.
Le coût de toilettage professionnel peut varier de 40 à 120 euros selon la taille et le type de poil. À anticiper dans le budget global.
Éducation : ce qui fonctionne vraiment
Les terriers apprennent vite — mais ils savent aussi très bien décider de ne pas écouter quand ça les arrange. L’éducation positive (renforcement par récompense) fonctionne nettement mieux que les méthodes coercitives. Un terrier puni durement devient soit craintif, soit opposant. Ni l’un ni l’autre n’est souhaitable.
Commencer la socialisation tôt (avant 12 semaines) reste la meilleure garantie d’un chien équilibré. Les classes chiots, souvent proposées par les clubs canins locaux dès 8 semaines, sont utiles pour ça autant que pour apprendre les bases de l’obéissance.